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Les travaux publics déplorent le mauvais entretien du patrimoine

Routes en mauvais état, ouvrages d’art délabrés, réseaux d’eau qui fuient : les entreprises de travaux publics dénoncent le manque d’entretien de nos infrastructures. Un manque à gagner pour elles, et selon elles, de 300 millions d’euros par an en Champagne-Ardenne. La faute aux collectivités locales qui préféreraient arrondir leur trésorerie plutôt que d’investir.

Organisé le 14 novembre 2012 à Reims par la Fédération régionale des travaux publics (FRTP), ce débat public a permis aux adhérents des syndicats professionnels qui la composent de faire entendre leur complainte (voir aussi dans ce blog ici et ). Avec 10 % de chiffre d’affaires en moins sur un an, des carnets de commandes qui se sont dégonflés d’autant, un nombre d’appels d’offres en baisse de 20 % depuis la rentrée, des effectifs salariés qui ont diminué de 5 % en une année et demie, et un recours à l’intérim divisé par deux, les entreprises ont de quoi être inquiètes.

La conjoncture économique n’est certes pas favorable, et les collectivités locales, principaux donneurs d’ordres des TP, préfèrent épargner en attendant des jours meilleurs — quand les dépenses sociales n’absorbent pas l’essentiel de leurs budgets. « Beaucoup de communes ont amélioré leur trésorerie, observe Hervé Noêl, président de la FRTP Champagne-Ardenne. Et pour elles, l’entretien du patrimoine est devenue une variable d’ajustement. »

126 km de routes en moins

Voilà où le bât blesse, au dire des entreprises de travaux publics. La région, les départements et les villes sacrifieraient l’entretien des routes, ponts et réseaux sur l’autel de la rigueur ou de la prudence. Un exemple : les centrales d’enrobé ont fabriqué 130 tonnes d’enrobé de moins en 2012 (soit une perte de 20 % par rapport à l’année précédente), l’équivalent de 126 kilomètres de chaussées qui n’ont pas été goudronnées. C’est comme si subitement deux centrales d’enrobé étaient à l’arrêt complet, alors que les entreprises ont beaucoup investi dans cet outil de travail.

Mauvais calcul, estiment les entrepreneurs. Ils expliquent que « 10 euros d’entretien non dépensés aujourd’hui, ce sont 100 euros qu’il faudra dépenser demain ». « On réalise 500 millions de travaux par an, poursuivent-ils. Or on peut évaluer le patrimoine champardennais en matière d’infrastructures à 50 milliards d’euros. Ce qui revient à dire que l’on rénove 1 % du patrimoine par an, et qu’il faudrait 100 ans pour tout renouveler. » Pour les canalisations d’eau potable, c’est 160 ans.

Faire financer par les particuliers ?

Le compte n’y est pas. « Il manque 300 millions d’euros d’investissement par an. » Le risque à terme : des tronçons de route fermés, des ouvrages d’art condamnés et des réseaux d’eau transformés en passoires. Scénario catastrophe ? C’est celui que rapporte l’académicien Erik Orsenna de ses voyages à l’étranger.

L’écrivain, qui est aussi économiste et conseiller d’Etat, était l’invité vedette du débat public organisé par la FRTP. A ses yeux, « ne pas investir, c’est contracter une dette physique. C’est léguer un patrimoine dans un plus mauvais état qu’on ne l’a trouvé. » Un cadeau empoisonné aux générations futures. La solution ? Des intervenants au débat suggèrent de faire appel aux particuliers par le biais d’emprunts obligataires lancés par les collectivités locales.

Photo ci-contre : les intervenants de l’une des trois tables rondes organisées au cours du débat. De gauche à droite : Samir Kazziha, président du syndicat régional d’entreprises de construction et d’entretien de réseaux secs, Carmen Munoz-Dormoy, directrice régionale d’ERDF, Jacques Saupique, président du syndicat régional des travaux publics, et l’animatrice du débat.

Photo ci-dessous : l’académicien Erik Orsenna

A propos

Pour les amateurs de chiffres, on compte en Champagne-Ardenne : 30 373 km de routes (dont un tiers dans la Marne), 1 599 km de voies ferrées, 650 km de voies navigables, 3 500 ouvrages d’art, 41 300 km de réseaux électriques, 16 446 km de réseaux d’eau potable, 6 000 km de réseaux de transport et de distribution de gaz.

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