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Eric Heyer : « La France n’est pas en faillite »

L’économiste Eric Heyer était invité par la CCI de Reims et d’Epernay à présenter un panorama de la conjoncture économique internationale. Son exposé a permis de faire tomber un certain nombre d’a priori ou d’idées reçues, en particulier sur le “miracle économique” allemand et sur la supposée agonie financière de l’Etat français.

C’est une analyse macroéconomique du monde à laquelle s’est livré Eric Heyer, lors de l’assemblée générale de la CCI en date du 26 septembre 2012. Une étude bien évidemment centrée sur la crise économique et financière, dont le mérite aura été de recadrer certaines choses.

L’économiste a pu ainsi comparer les trajectoires suivies par la France et l’Allemagne au cours de ces dernières années. « Le miracle allemand n’est pas un vrai miracle, estime Eric Heyer. Ce pays a mené une politique de désinflation compétitive depuis 2000 et surtout 2002. A savoir : la flexibilisation du marché du travail, la baisse des salaires et du coût du travail, le recours au temps partiel. L’Allemagne a utilisé massivement la baisse de la durée du travail pour préserver l’emploi. » Elle y a certes gagné en compétitivité, mais elle a aussi accouché d’un nombre de plus en plus élevé de travailleurs pauvres.

Moins d’enfants, moins de chômeurs

« Cette politique a marché, explique Eric Heyer, parce que les autres pays européens n’ont pas fait la même politique, ce qui a permis à l’Allemagne de gagner des parts de marché en Europe. Si la France, l’Italie et l’Espagne décidaient d’adopter simultanément la même stratégie que les Allemands, cela marcherait moins bien. »

L’économiste souligne au passage que les choses sont facilitées outre-Rhin par la baisse démographique. Démonstration : « Chaque année en France, 800 000 jeunes entrent sur le marché du travail, tandis que 650 000 seniors en sortent. Pour faire baisser le chômage, il faut donc commencer par créer les 150 000 emplois de différence. En Allemagne, il y a 680 000 jeunes qui rentrent pour 720 000 seniors qui sortent. Sans créations d’emplois, le chômage baisse en Allemagne, et le pays peut se contenter d’un taux de croissance à 0,5 ou 0,6 %. »

Plus d’actifs que de passif

La France est-elle pour autant dans un état aussi calamiteux qu’on le prétend ? « En France, le déficit atteint 4,2 %. Aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, c’est 9 %. Si on devait parier sur la faillite d’un Etat, ce serait plutôt sur ces deux pays-là. La France fait toujours partie des pays vertueux. La preuve, les marchés continuent à lui prêter de l’argent. »

Et Eric Heyer de poser cette question iconoclaste : « La dette, est-ce si grave que ça ? » Certes, la dette publique explose (elle devrait dépasser les 60 % en 2030), certes, on léguera 31 000 euros de dette par tête d’habitant à nos enfants. « Mais on ne léguera pas que ça, tempère l’économiste. On léguera aussi les actifs de l’Etat : entreprises publiques, immeubles, actifs financiers, etc. En 1996-97, l’administration publique avait à peu près autant d’actifs que de passif. Aujourd’hui, elle a beaucoup plus d’actifs que de passif. Si l’Etat privatisait l’ensemble de ses actifs (ce qui serait une erreur), cela ferait disparaître la moitié de sa dette. Le jour où la France ne pourra plus rembourser, elle vendra. »

Notre vidéo : un extrait de l’exposé d’Eric Heyer, dans lequel l’économiste estime qu’une plus grande flexibilité du marché du travail ne constitue pas à l’heure actuelle un véritable enjeu.

A propos

Eric Heyer est directeur adjoint au Département analyse et prévision de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), centre de recherche en économie de Sciences Po. Son frère, Jean-Yves Heyer, est le directeur d’Invest in Reims.

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