L’info éco dans la Marne

La reconduction photographique … ou comment mélanger les époques

La re-photo ou reconduction photographique est encore peu connue. Le photographe Rémois, Vincent Zénon Rigaud, est un passionné de cette technique et compte bien la faire connaître du grand public.

Mélanger deux époques sur un même cliché. Voilà très sommairement résumé le principe de la reconduction photographique. Une technique dérivée de la photographie comparative, mise en place pour la première fois au XIXe siècle pour observer l’évolution des glaciers.

La démarche consiste à « reconduire » le plus exactement possible une précédente photographie et mettre ainsi en avant les différences (ou absence de différences) d’un sujet à travers le temps. Plus l’intervalle temporel entre les clichés est grand, plus la comparaison/superposition s’avère fructueuse et pertinente selon les critères historiques.

La reconduction photographique est devenue très tendance de nos jours, grâce aux nouvelles technologies. De nombreux sites et pages internet existent un peu partout à travers le monde.

Le photographe Rémois, Vincent Zénon Rigaud, passionné d’art et d’histoire, s’investit à fond dans cette technique qu’il exerce depuis trois ans. « Je suis au service de l’Histoire, mais aussi du patrimoine, de l’urbanisme et de l’architecture  ». Et la Ville de Reims, en grande partie détruite durant la Première Guerre Mondiale, se prête bien à la reconduction.

« Je suis arrivé un peu par hasard vers cette technique, en autodidacte, grâce à mon implication dans l’Association Reims Avant et à sa Présidente Véronique Valette. Tout est parti de là. J’y ai acquis la pratique et la maîtrise de la photo comparative qui, petit à petit, m’ont amené à la reconduction. La Cathédrale de Reims a été un vrai terrain d’observation et d’apprentissage ».

Vincent Zénon Rigaud procède par étapes pour aboutir au résultat final. Tout d’abord, il observe attentivement et avec précision la photo d’origine (souvent prêtées par des collectionneurs ou des particuliers), datant en général de la fin du XIXe ou du début du XXe siècle. Puis il se rend sur place, analyse les perspectives, les lignes jusqu’à avoir la certitude d’être au bon endroit. Il se met dans les mêmes conditions que le photographe de l’époque et prend des clichés. De retour chez lui, sur son ordinateur, il compare les images avant/après grâce à un logiciel de retouche. « Je superpose le cliché ancien et le nouveau que je viens de réaliser. Je corrige les déformations de l’objectif, redresse les perspectives… Des techniques ultra-précises ».

Le résultat final est stupéfiant. Une nouvelle image, un fondu, un mélange de deux époques. Et le plus apporté par Vincent Zénon Rigaud est le côté esthétique du cliché. « Je veux mettre le beau au service du patrimoine. Cela fait partie de ma démarche d’auteur et d’artiste. J’aimerais amener le grand public à aller vers l’Histoire par le biais du Beau  ».

Actuellement, notre photographe professionnel, qui passe son temps à voyager dans le temps, a réalisé environ 250 vues avant/après, visibles sur son site internet. C’est un travail d’une réelle valeur historique pour le patrimoine local et pour les Rémois. « Cela fait resurgir des souvenirs et des anecdotes liés à un lieu, à un endroit particulier. Les nombreux commentaires laissés sur ma page Facebook en attestent  ».

Mais il ne néglige pas pour autant ses autres activités. Minutieux, pointilleux, curieux, traquant le moindre détail, Vincent Zénon Rigaud continue de photographier l’architecture sacrée et le patrimoine historique rémois.

« Ce qui m’intéresserait maintenant, c’est de mettre la main sur des documents à haute valeur historique. La reconduction photographique, ce ne sont pas seulement des rues, des monuments ou des lieux emblématiques. Ce sont aussi des événements historiques  ». Pour Vincent Zénon Rigaud, Reims est l’endroit idéal, en tant que Ville Martyre et Berceaux de la Paix, pour une grande exposition sur la reconduction historique, en partenariat avec d’autres villes qui ont connu un destin comparable au sien.

La reconduction photographique est encore mal connue. Mais notre photographe en est persuadé. Elle prendra de l’importance dans les années à venir. Elle commence même à intéresser des entreprises. «  Il y a un réel intérêt pour le passé. Reims a perdu une part importante de son patrimoine. Et cette perte est devenue un patrimoine en elle-même à travers les cartes postales et les nombreuses archives. Il ne faut pas oublier que Reims a été la ville la plus photographiée du monde durant le conflit 14-18 ».

L’actualité la plus immédiate de notre photographe est la prochaine parution d’un livre aux Editions Sutton « Champagne-Ardenne / Destructions de la Grande Guerre  ». Vincent Zénon Rigaud a réalisé une douzaine de clichés qui viendront illustrer le texte écrit par l’historien Yann Harlaut. Un premier pas dans le monde de l’édition.

« Daguerre a réussi à attraper la lumière en plein vol. Maintenant on cherche à arrêter le temps  ».

A propos

Retrouvez Vincent Zénon Rigaud sur son site internet : http://www.vincentzenon.com/

Vous aimez cet article ?

Photos

Commentaires