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TGV Est : des retombées difficiles à mesurer pour Reims

La mise en service de la ligne à grande vitesse Est européenne en 2007 a-t-elle participé au développement du territoire et contribué à enrichir son économie ? Probablement, répond l’Agence d’urbanisme de Reims dans une intéressante étude sur les "impacts socio-économiques" du TGV Est sur Reims et sa région.

« Les impacts générés par le TGV sur l’image et le développement de l’agglomération rémoise ont été ressentis avant même l’arrivée de celui-ci, souligne en préambule cette étude de l’Agence d’urbanisme de Reims. L’augmentation constatée, dès 2007, par Invest in Reims, du nombre d’implantations d’entreprises et du nombre d’emplois créés, tendent à l’attester. » Mais les auteurs écrivent plus loin que « l’implantation d’entreprises ne résulterait pas seulement de la nouvelle accessibilité offerte par le TGV, mais de l’offre immobilière de bureaux qui l’accompagne ». Plus loin encore : « Le rebond de construction de locaux dédiés au tertiaire peut être lié à la présence du TGV. » Ces quelques extraits montrent toute la complexité du problème et ramènent à cette question éternelle : qui a fait la poule et qui a fait l’œuf ?

L’étude décortique, secteur par secteur, les effets supposés ou avérés de l’arrivée du TGV dans la cité des sacres. En voici un bref aperçu :

  • L’attractivité professionnelle : plus de navetteurs. Le nombre de navetteurs (qui font le trajet quotidien domicile-travail) entre Reims et Paris a augmenté. L’Agence d’urbanisme forme l’hypothèse que « la nouvelle infrastructure a permis aux actifs rémois de saisir de nouvelles opportunités professionnelles à Paris », sans exclure l’idée que certains voyageurs aient pu abandonner la voiture au profit du train. En revanche, « moins nombreux sont les Franciliens à faire le trajet vers Reims » : 816 Franciliens contre 1 503 Rémois. Reims s’avère toutefois plus attractif qu’Amiens ou Tours par exemple.
  • Le tourisme : plus de Japonais et de congrès. L’ouverture de la LGV Est aurait eu un impact positif sur le parc hôtelier, incitant les établissements à se moderniser et à s’agrandir. Pourtant, le nombre d’hôtels à Reims est en régression depuis 2003, tandis que la capacité d’accueil restait stable. Point positif : « La venue d’une nouvelle clientèle depuis le TGV, notamment japonaise, qui fait un saut à Reims depuis Paris. » Revers de la médaille, les séjours raccourcissent, les Franciliens ayant notamment la possibilité de faire l’aller-retour dans la journée. Le TGV semble surtout avoir boosté le tourisme d’affaires : le nombre de congrès a augmenté de 42 % entre 2007 et 2010 à Reims.
  • L’immobilier : plus de bureaux. « Le TGV a dynamisé le marché de l’immobilier résidentiel et a eu un impact sur la construction neuve », affirme l’étude, qui observe même un « effet d’anticipation ». Reste que les Franciliens acquéreurs de logements sont encore très minoritaires : 7 % en 2010 (mais ils n’étaient que 4 % en 2004 : l’amorce d’un effet TGV ?). En revanche, pas d’effet TGV sur les ventes de locaux d’activités, même si « la construction d’immeubles de bureaux a été dopée par le TGV et a conduit à l’émergence du nouveau quartier d’affaires Clairmarais ». La proximité d’une gare TGV est aussi bien sûr à l’origine du développement du parc d’activités de Bezannes. Mais, de même que les acquéreurs de maisons et d’appartements neufs sont essentiellement des autochtones, « les implantations opérées à proximité des gares relèvent majoritairement de la relocalisation d’entreprises endogènes, entraînant peu de créations d’emplois nouveaux ». L’étude souligne par exemple « qu’aucun siège social exogène au tissu économique de la région n’est venu s’établir dans la cité des sacres », alors que « le TGV est une infrastructure pouvant faciliter ce type d’implantation ».

Tout compte fait, la bouteille est-elle à moitié vide ou à moitié pleine ? On manque encore de recul pour l’affirmer. Sans doute faut-il laisser du temps au temps, en n’oubliant pas que la crise est passée par là et que l’infrastructure peut encore s’améliorer, en termes de desserte notamment. Il convient aussi de relativiser l’impact du TGV sur une région, comme le rappelle Jean-Yves Heyer, le directeur général d’Invest in Reims : « Le TGV est une condition nécessaire mais non suffisante pour réussir le développement économique d’un territoire. »

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